TIC@le: TIC, langues et formation des enseignant(e)s

Blogue d'une prof de français (langue seconde et étrangère) passionnée par les TIC(E), les langues et la formation (continue) des enseignant(e)s. De nombreuses activités pour le FLE, le FLS et autres langues secondes et étrangères. Plein de liens pour l'en

25 février 2009

Pour "être dans le coup" en matière de TIC: le Web 2.0

Je ne me souviens plus trop comment j'ai découvert le site Internet de Stephen Downes (Stephen's web), mais ce fut en tout cas une agréable découverte. Si vous ne le connaissez pas, allez y jeter un coup d'œil.

Ce soir, c'est de l'un de ses articles dont j'aimerais vous parler: Ten Web 2.0 Things You Can Do in Ten Minutes to Be a More Successful E-Learning Professional (Downes, 2008- 25 mars).

Cette liste, largement inspirée (comme il le dit lui-même) de la liste de Lisa Neal (Ten Things You Can Do in Ten Minutes To Be a More Successful e-learning Professional) présente 10 "activités" que vous pouvez faire en 10 minutes (chacune!) pour être/rester dans le coup en matière de Web 2.0*. Je vous la traduis (et commente) ci-dessous (pour ceux qui préfèrent la version originale, c'est ici):

  1. Écoutez une conférence, un extrait de colloque, une présentation scientifique, etc. sur Internet. [Stephen mentionne  le site Educause Connect, une référence anglophone, mais il existe également une bonne référence francophone, CanalU. Vous pouvez par exemple y écouter la présentation de Thierry Karsenti sur les Nouvelles technologies, formation à distance, campus virtuels, où en est-on, comment continuer? Si l'un de vos fils RSS** vous rapporte une conférence, un extrait de colloque, etc. sauvegardez-le pour y revenir plus tard].

  2. Enregistrez une présentation de 10 minutes sur un thème de travail/recherche/étude et publiez cette présentation sur votre blogue [Comment ça vous n'avez pas de blogue? ;-). Stephen mentionne Odeo pour les présentations audio et Ustream pour les présentations vidéo. Moi, je vous propose encore mieux ;-): Kyte, que je viens de découvrir et que j'adore. Je vous en reparlerai dans un prochain billet, car ses possibilités sont énormes. En attendant, si vous ne connaissez pas, allez voir cette vidéo de présentation (Overview video, toute en anglais) sur leur site].

  3. Faites une recherche Internet sur le titre de votre dernier billet [Posté sur votre blogue!] ou sur un thème que vous avez travaillé ou auquel vous avez pensé récemment; mais attention: ne limitez pas votre recherche à Google, utilisez également Google Blog Search, Google Image Search, Amazon, Delicious, Technorati, Slideshare ou Youtube. [Et j'en rajoute quelques-uns : Dailymotion, Flickr, Kartoo, TeacherTube, Kyte, La toile du Québec, etc.]  Examinez rapidement les résultats et sauvegardez ceux que vous trouverez les plus intéressants/pertinents sur Delicious> [Là, ce serait le bon moment pour aller vous y inscrire, si ce n'est pas déjà fait] pour revenir les lire plus tard.

  4. Publiez, sur votre blogue [Bah oui; il serait temps d'en créer un si ce n'est toujours pas fait ;-)] un court article sur un sujet que vous venez d'approfondir, d'apprendre, etc.

  5. Faites le ménage dans votre portfolio électronique [Bien-sûr, vous savez tous ce qu'est un portfolio électronique/numérique et en avez tous un ;-)]. Ajoutez-y vos dernières présentations multimédia (Slides, etc.), le résumé de vos derniers travaux/recherches, etc.

  6. Allez sur le site de Zoho[Show] et créez un diaporama [Si vous ne savez pas comment, c'est par ici -en anglais-; n'oubliez pas de vous inscrire -comme toujours- avant d'utiliser ce service].

  7. Allez sur l'un des blogues que vous suivez (grâce à vos fils RSS) et parcourez leur liste de liens vers d'autres blogues, etc.

  8. Laissez un commentaire sur le site d'un chercheur, d'un spécialiste du e-learning.

  9. Parcourez des sites comme Engadget, Metafilter, Digg, Mixx, Mashable ou Hotlinks[Et je pourrais en ajouter toute une liste; je me contenterai de ces deux-là: Transnets et Mario tout de go]

  10. Allez faire/commencer/continuer une partie de Lexulous[Stephen parle de Scrabulous, que je ne connais pas; je pense néanmoins qu'il s'agit de la même chose: un jeu de mots/lettres] avec un ou des collègue(s) sur Facebook, ou de Backgammon [ou autres] sur Yahoo. Vous pouvez aussi aller faire un tour sur le site Lolcat[Il y a vraiment de tout sur Internet :-/], regarder une vidéo sur Youtube [ou aller sur Twitter].

Bien entendu, c'est à vous de faire la part des choses. Vous aurez bien compris que cette liste requiert déjà une certaine habileté avec le Web 2.0. Même si certains points (comme le 6, le 8 et le 10 par exemple) ne sont pas forcément -toujours- pertinents, cette liste reste très intéressante pour qui souhaite "pratiquer" le Web 2.0.
Amusez-vous bien!


* Si vous ne savez pas ce qu'est le Web 2.0, allez voir cette vidéo sur TeacherTube (en anglais) ou cet excellent article en français.

** Si vous ne connaissez pas les fils RSS, allez vous renseigner ici.




23 février 2009

Le guide annuel des 500 sites Web pour réussir à l’école du magazine L'école branchée

500sitesweb L'école branchée, que vous connaissez peut-être, publie, une à deux fois par an des guides thématiques très utiles. La 7ème édition du "guide des 500 sites Web pour réussir à l'école" vient d'être publiée.

Je vous conseille vivement d'aller faire un tour sur leur site Internet. Ensuite, inscrivez-vous pour pouvoir accéder à leur excellent guide (que vous pouvez également visionner de manière virtuelle ici). Vous y trouverez des liens très intéressants pour le développement professionnel (comme Ma carrière techno - leur jeu d'exploration des carrières, Tapis rouge, est très bien fait), pour les langues (comme le site du CCDMD dont je vous avais déjà parlé, et celui de Ebook libres et gratuits, ou encore celui de Mots de tête, sans parler du site StoryPlace, etc.) et bien d'autres.


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22 février 2009

Références bibliographiques: blogues, balado et wiki en éducation

J'essaie de mettre régulièrement ma bibliographie à jour, car je pense que mes références peuvent intéresser d'autres chercheurs/étudiants/personnes. Je vous propose donc plus bas quelques références (uniquement en anglais cette fois-ci) sur le thème des blogues, de la baladodiffusion et des wiki en éducation.

BLOGUES

  • LIN C. (2008). Educational Blogs: From Social Issues to Blogs’ Applications and Implications in Teacher Education Programs. Dans K. McFerrin et al. (Eds.). Proceedings of Society for Information Technology and Teacher Education International Conference 2008 (pp. 2701-2706). Chesapeake, VA: AACE. [En ligne] http://go.editlib.org/p/27627 (consulté en octobre 2008).

  • HOVEN D. (2007). Networking to learn: blogging for social and collaborative purposes. Dans C. Montgomerie & J. Seale (Eds.), Proceedings of World Conference on Educational Multimedia, Hypermedia and Telecommunications 2007 (pp. 1819-1828). Chesapeake, VA: AACE. [En ligne] http://go.editlib.org/p/25618 (consulté en octobre 2008).

BALADODIFFUSION

  • POPOVA A. (2008). Innovative pedagogical and psychological perspectives of podcasts. Dans K. McFerrin et al. (Eds.), Proceedings of World Conference on Educational Multimedia, Hypermedia and Telecommunications 2008 (pp. 3899-3903). Chesapeake, VA: AACE. [En ligne] http://go.editlib.org/p/28926 (consulté en janvier 2009).

  • HICKS D., DOOLITTLE P., EVANS M., FRIEDMAN A., SNEDIKER T., LEE J. & POTTER K. (2006). Theory to Practice: From Pod casting to Wiki’s - Exploring the Potential of Current and Emerging Technologies in 21st Century Classrooms. Dans C. Crawford et al. (Eds.), Proceedings of Society for Information Technology and Teacher Education International Conference 2006 (pp. 2244-2249). Chesapeake, VA: AACE. [En ligne] http://go.editlib.org/p/22402 (consulté en octobre 2008).

WIKI

  • LIN C. (2008). Wikis in the Teacher Education Program: Preservice Teachers’ Perceptions and Perceived Future Applications. Dans K. McFerrin et al. (Eds.), Proceedings of Society for Information Technology and Teacher Education International Conference 2008 (pp. 3375-3379). Chesapeake, VA: AACE. [En ligne] http://go.editlib.org/p/27759 (consulté en janvier 2009).

  • FOLEY B. & CHANG T. (2008). Wiki as a Professional Development Tool. Dans K. McFerrin et al. (Eds.), Proceedings of Society for Information Technology and Teacher Education International Conference 2008 (pp. 2959-2966). Chesapeake, VA: AACE. [En ligne] http://go.editlib.org/p/27677 (consulté en janvier 2009).

  • GOODWIN-JONES B. (2003). Blogs and wikis: Environments for on-line collaboration. Dans Language Learning and Technology (Vol.7, No.2, pp.12-16). [En ligne] http://llt.msu.edu/vol7num2/emerging/default.html (consulté en mai 2006 et février 2009).

  • Ratcheva D., Stefanova E. & Nikolova I. (2006). A Virtual Teacher Community to Facilitate Professional Development. (Allocution lors de la conférence internationale) ISSEP 2006: Informatics Education - The Bridge between Using and Understanding Computers. Vilnius, Lithuanie.



13 février 2009

Extraordinaire musique

Comme le dit ma rubrique: "Rien à voir!", mais je trouve cette animation musicale très sympathique :)


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10 février 2009

La citation de la semaine

C'est en lisant une thèse ce matin que je me suis rappelée d'un de mes trucs de profs: la citation de la semaine. Même si je suis sûrement loin d'être la seule à l'utiliser, il me semble pourtant bon de le rappeler ici. Comme on dit, ça peut toujours servir :).

Chaque lundi, l'une des premières choses que je faisais en entrant dans ma salle de classe était d'afficher sur le mur, juste en dessous de la bannière* "La citation de la semaine" la nouvelle citation de la semaine, suivie du nom de son auteur. En entrant dans la classe, les élèves ne manquaient jamais d'y jeter un coup d'œil. Ils essayaient toujours  -plus ou moins, selon leur humeur- d'en comprendre le sens. Certains jours, il en résultait même d'intéressantes conversations informelles (pas toujours en français -sauf pour moi bien entendu- mais bon... ;-) juste avant que la cloche ne sonne.

En début d'année, mon intention était juste d'ajouter un intérêt supplémentaire à ce que j'affichais dans ma classe. Ensuite, j'ai commencé à utiliser les citations, de temps en temps, pour des activités ponctuelles: soit pour poursuivre la conversation débutée de manière informelle par mes élèves, soit pour compléter un cours trop court (je leur demandais alors de me dire -à l'écrit ou à l'oral- ce que cette citation leur inspirait), soit pour jouer à différents jeux de lettres** (comme les anagrammes, les contraires,  les rimes, ou même d'essayer de repérer les palindromes qui se cachaient dans les citations). Puis, j'ai commencé à structure mes activités autour de ces citations***, que je choisissais en fonction de mon thème de cours de la semaine (par exemple, sur le thème de l'égalité - "L'égalité a un organe: l'instruction gratuite et obligatoire." Victor Hugo [Les Misérables]).Finalement, j'en suis arrivée à une certaine routine dont je vous fais part ci-dessous:

  • Lundi: analyse simple de la citation + connaissez-vous l'auteur (brève discussion).
  • Mardi: recherches sur l'auteur, comme devoirs pour jeudi.
  • Mercredi: jeux de lettres/langue.
  • Jeudi: autour de l'auteur (et éventuellement de son œuvre, surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre majeure, comme c'est le cas pour Hugo et Les Misérables par exemple).
  • Vendredi: votre citation (la même idée, mais dans leurs propres mots).

La durée des séances variait entre 5 et 15 minutes.

Malgré mon choix minutieux, certaines citations n'accrochaient pas bien l'attention et l'intérêt de mes élèves. Dans ces cas-là, je limitais les activités (à celle du mercredi et du vendredi par exemple). Aussi, de temps en temps, certains élèves cherchaient eux-mêmes des citations qu'ils soumettaient à mon approbation.

Il m'est également arrivé de ne faire aucune activité autour de la citation de la semaine (pendant les examens par exemple); mais mes élèves avaient l'habitude d'en trouver une différente chaque semaine et allaient même jusqu'à me la réclamer lorsqu'il m'arrivait d'oublier de l'afficher. Ah! La constance chez les profs; il n'y a rien de tel ;-)))


* Bannière que des élèves s'étaient gentiment proposé de faire pendant une pause déjeuner, un jour où ils s'ennuyaient.

** Vous pouvez trouver d'autres jeux de lettres/langue ici.

*** Internet est une source précieuse de citations.


09 février 2009

Activité (orale et écrite) d'urgence: Raconte-moi tes dessins

J'aime beaucoup aller à ma salle de musculation; d'abord parce que c'est une salle agréable, aux horaires accommodants, pas trop loin de chez moi, bien équipée, mais sans fioritures. Ensuite, parce que tous les habitués sont gentils et ne jugent pas les nouveaux membres sur leurs mensurations ;-) Et puis, parce que faire du sport, même dans mon état (de fatigue quasi extrême -avoir des enfants "lunaires", c'est pas facile tous toutes les jours nuits ;-) et malgré toutes mes occupations, m'est aussi nécessaire que de respirer. L'un des grands intérêts de la musculation à mes yeux (j'exagère juste un peu) est que je peux en faire sans réfléchir; du moins, lorsque je travaille sur les machines. Cela permet à mon esprit de vagabonder.

Hier donc, entre deux développés couchés, je me suis mise à recenser les exercices qui marchent le mieux avec mes élèves, histoire d'en avoir toujours sous la main, surtout dans les cas d'urgence (lorsque mon cours a été trop.... court ;-), ou bien lorsque l'activité planifiée ne semble pas fonctionner comme prévue, ou encore lorsque les outils dont j'avais anticipé l'utilisation ne sont pas/plus disponibles, ou même pour venir en aide à un professeur remplaçant un peu... débordé/paniqué/perdu, etc.).

Voici donc une petite activité simple, rapide (vous pouvez facilement varier la durée, mais comptez quand même un minimum de 20 minutes), efficace, qui demande peu d'outils et qui plaît toujours (bon, disons "souvent", car en éducation, on ne peut jamais dire toujours -comme on ne peut jamais dire jamais ;-)):

  1. Sans donner aucune autre consigne, demandez à quelques élèves* (disons, 6 ou 8) de dessiner quelque chose de simple au tableau. Un seul dessin par élève.
  2. Selon le niveau, travaillez -simplement- le vocabulaire de chaque dessin (un mot -ou une très courte phrase- suffit pour désigner chaque dessin).
  3. Formez des paires/groupes (pas plus de 3 je dirais).
  4. Demandez à chaque groupe d'écrire un court texte (la longueur dépend du temps dont vous disposez bien entendu) qui raconterait une histoire avec tous les dessins.
  5. Demandez aux élèves de présenter leurs histoires: précisez qu'ils doivent lire l'histoire, la dessiner et la mimer**. Ils peuvent soit se cantonner à un rôle, soit les intervertir.
  6. Si vous souhaitez vérifier/corriger/retravailler leur production écrite, ramassez-les. Petit conseil toutefois: si vous ne l'aviez pas précisé au début de l'activité, ne ramassez que celles des volontaires.


* Il y a généralement d'excellents dessinateurs dans les classes; ce ne sont pas forcément ceux qui se porteront volontaires, alors n'hésitez pas à les faire participer. Si vous n'avez pas de volontaire et que vous devez désigner des élèves qui se plaignent de ne pas savoir dessiner (et qui ont peut-être peur qu'on se moque d'eux), montrer-leur que vous non plus ne savez pas dessiner (pour moi, c'est facile :), mais qu'il est néanmoins possible de faire des dessins simples comme le contour de sa main, un soleil, etc.

** Le fait d'associer les trois permet, entre autres, de détendre l'atmosphère.


05 février 2009

Les adolescents et les réseaux sociaux, thèse de Danah Michele Boyd, partie 2

Comme promis, me revoici pour vous parler de la thèse* de Danah Michele Boyd dont j'ai tant apprécié la lecture.
Comme mon blogue ne me semble pas être le lieu approprié pour une étude complète et académique de cette thèse (d'autant que cette lecture est un peu en marge de mes recherches), ce sont mes impressions de lecture que je veux vous livrer.

Même si la lecture de ce travail fut, du début jusqu'à la fin, passionnante, certains chapitres m'ont laissé une impression plus forte que d'autres. C'est le cas du chapitre 6, Power and control (Boyd D., 2008, pp. 241-292). Ce chapitre s'intéresse aux relations de pouvoir et de contrôle que les adultes exercent sur la vie -réelle et virtuelle- des adolescents. Comment ces relations influencent-elles l'utilisation des réseaux sociaux par les adolescents? D'ailleurs, quelle est la principale utilisation des réseaux sociaux par les adolescents?  Les réseaux sociaux présentent-ils des risques? Quelles sont les inquiétudes des adultes? Comment les adolescents comprennent-ils (ou non) et s'adaptent-ils face aux craintes des adultes (et en particulier, de leurs parents)?

Comme le rappelle l'auteure, les relations parents/adolescents ont de tout temps été difficiles et tendues (le fameux "fossé des générations"); la frustration étant généralement un élément central de cette relation ("Their parents' use of power and authority frustrates them." Boyd D., 2008, p. 241). Cette frustration est souvent causée par ce que les intéressés appelleraient la non-compréhension [et je rejoute] mutuelle ("Lolo and Gabriella think their parents do not understand them." Boyd D., 2008, p. 242). Quand la technologie s'en mêle, cela ne semble pas arranger les choses. En effet, de nombreux conflits intergénérationnels viennent du fait que les craintes des adultes prennent le pas sur leur compréhension du phénomène: les adolescents ont besoin d'interagir, de socialiser et les réseaux sociaux sont  aujourd'hui pour eux (presque) une nécessité ("By not understanding the ways in which technology -and particularly networked publics- is shaping teens' lives, adults reinforce the generation gap that divides them." Boyd D., 2008, pp. 244-245).

Une échappatoire

Les adolescents ont toujours cherché des endroits pour se retrouver, pour être simplement ensemble. L'école leur permet de socialiser (oh combien cette dimension -souvent oubliée- est importante), mais pas de se retrouver dans un cadre informel, où seules comptent les histoires qu'ils se racontent, les amitiés qui se font et se défont, etc. Avant l'avènement des réseaux sociaux, les adolescents se retrouvaient dans les centres commerciaux (surtout aux Etats-Unis), dans les cafés (en France en tout cas), sur les places publiques, à la sortie du lycée/collège; tout endroit qui leur permettait de se rencontrer à plusieurs sans la constante surveillance des adultes/parents. Aujourd'hui, la mobilité -souvent- réduite des adolescents ne leur permet pas toujours/plus de se rencontrer dans un espace physique autre que l'école; les réseaux sociaux sont donc pour eux une échappatoire ("Most teens I interviewed joined social network sites to interact with friends and peers, often to escape structural and social limitations they faced in other contexts." Boyd D., 2008, p. 290). Cette échappatoire est d'autant plus nécessaire que le contrôle des adultes sur la vie des adolescents semble s'être accentué (ne vit-on pas dans une société de plus en plus dangereuse?...), ce qui pousse les jeunes à rechercher des contextes qui leur permettraient d'échapper à ce contrôle pesant. Les réseaux sociaux semblent offrir une telle opportunité; c'est sans compter sur la crainte des adultes/parents qui en arrivent à vouloir également contrôler ces milieux ("Social media has become a battleground for struggles between some adults and teens. Many teens turned to social media to escape control and yet parents and authorities followed them there." Boyd D., 2008, p. 243).

Les craintes et le contrôle des adultes/parents

Le contrôle que veulent exercer les parents/adultes sur la vie des adolescents et plus précisément sur leur utilisation des réseaux sociaux semble n'être motivé que par leur seule inquiétude. Cette inquiétude, largement alimentée par les média, ne paraît pourtant pas fondée. La controverse qu'il y a eu aux États-Unis autour de MySpace et de ses -potentiels- dangers (MySpace moral panic) n'a fait que renforcer une certaine perception (négative) de MySpace en donnant aux risques réels des proportions démesurées ("As with moral panics, the one concerning MySpace had more to do with perception than reality (Marwick 2008). [...] the myths and realities of risk were completely disconnected. [Wolak et al. 2008; Ybarra and Mitchell 2008, cités dans Boyd D., 2008, p. 266]). Contrairement à ce que pensent la plupart des adultes, les adolescents sont conscients de ces risques. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle certains jeunes choisissent de ne pas participer aux réseaux sociaux. Pourtant, aucun des adolescents rencontrés par Danah Michele Boyd n'a personnellement fait l'expérience de tels risques; mais la médiatisation -à outrance- de certains cas d'enlèvement, de viols etc. en lien avec les réseaux sociaux a atteint son but: les parents ET les adolescents ont peur ("Their [teens'] fears are not rooted in personal experience but in media coverage, parental concerns, and poor risk assessment". Boyd D., 2008, p. 269).

Pour se prémunir contre les -potentiels- risques des réseaux sociaux, les adultes/parents ont recours à différents moyens:

  • La loi: aux États-Unis, certains projets de loi (comme le Deleting Online Predators Act) ont essayé d'interdire l'accès aux sites de réseaux sociaux (entre autres) dans les écoles et les bibliothèques. Ces projets ont généralement été considérés comme anticonstitutionnels.

  • Les restrictions physiques: De nombreux adolescents interrogés par Danah Michele Boyd racontent que leurs parents ne les laissent pratiquement jamais sortir seuls, par peur des dangers. Pour certains jeunes, seules les visites chez des amis leur permettent d'aller sur les sites de réseaux sociaux. Leurs parents, en les limitant physiquement, leur ôtent cette opportunité. Non seulement ils ne peuvent pas socialiser "dans la vie réelle" (ce que veut dire IRL [In Real Life] en langage de messagerie instantanée), mais ne peuvent pas non plus le faire par le biais des réseaux sociaux. Comme le répète souvent l'auteure, le besoin de socialisation est essentiel chez les adolescents et chaque opportunité compte.

  • Les emplois du temps (sur)chargés: le contrôle (et la surcharge) des emplois du temps de leur(s) enfant(s) est un autre moyen pour limiter l'accès des jeunes aux réseaux sociaux (virtuels -ou non!-) et à l'Internet en général ("Rather than simply enacting physical restrictions, Enrique and many other parents chose to limit their children's mobility by instituting extensive schedules and structure. [...] I interviewed teens whose social worlds were limited through such structing and found that many were burned out." Boyd D., 2008, p. 280). Ainsi, certains parents, excessifs, en arrivent à épuiser -physiquement et moralement- leur(s) enfant(s) (Myra, une jeune adolescente raconte: "Usually my mom will have things scheduled for me to do. So I really don't have much choice in what I'm doing Friday nights... I haven't had a free weekend in so long. I cannot even remember the last time I got to choose what I wanted to do over the weekend." Boyd D., 2008, p. 281).

  • Les indiscrétions ("Limiting teenagers' privacy is another mechanism of control." Boyd D., 2008, p. 283): certains parents pensent bien faire en s'immisçant dans la vie privée de leur(s) enfant(s). Il y a ceux que Danah Michele Boyd appellent les "helicopter parents" (j'aime beaucoup cette expression ;-) qui essayent de tout contrôler de la vie de leur(s) enfant(s) pour être sûr de tout savoir, de ne rien manquer et de tout vérifier. Sans tomber dans de tels excès, certains parents essayent tout simplement de ne rien perdre de la vie de leur(s) enfant(s), quitte à devoir -mine de rien- écouter leurs conversations téléphoniques, etc. ("At one extreme are "helicopter parents" who actively monitor every aspect of their children's live and intervene on their children's behalf. More commonly, parents simply try to "overhear" everything that happens at home." (Boyd D., 2008, p. 283). En ce qui concerne Internet, les parents invoquent souvent sa dimension publique pour justifier leur indiscrétion: "Si tu ne veux pas que je le lise, ne le publie pas sur Internet!" ou encore "Internet est pour tout le monde!" ("While some parents believe that teens have no right to privacy whatsoever, a more common view is that because the Internet is "public", parents have the right to look at anything that teens post there." Boyd D., 2008, p. 285). Enfin, certains parents (et j'espère sincèrement qu'il ne s'agit là que d'une très petite minorité) vont jusqu'à installer des logiciels de surveillance (que je ne peux appeler "logiciels espions" [et pourtant...] associés aux fameux Spyware) comme Family Kee Loger, SpyAgent et autres qui permettent aux parents de savoir ce qui se passe sur leur ordinateur en leur absence ("Additionally, because many parents believe that they have a right to know what their children are saying online, new technologies have emerged that allow parents to track every keystroke and every mouse click. It is not clear whether or not these parents would attach a spy-cam to their children if they could." Boyd D., 2008, p. 287).

La non-compréhension et le fossé des générations

Comme dans toute relation, ce qui compte c'est la confiance et la communication ("Teens who have healthy relationships with their parents are frequently open about social network sites." Boyd D., 2008, p. 256). Comme le dit Danah Michele Boyd, en faisant une fixation sur les potentiels dangers des réseaux sociaux et en incriminant la technologie, les parents ne font qu'accentuer le fossé des générations ("By focusing on imagined dangers, often at the expense of actual risks, and blaming technology, fearful adults furthered generational divisions." Boyd D., 2008, p. 243). Ceci vaut pour les relations parents/enfants, mais également pour les relations qui ont lieu sur les sites de réseaux sociaux. En effet, ces sites ont tendance à promouvoir une certaine ségrégation générationnelle (ma mauvaise traduction de "age segregation" ;-) puisque de nombreux adolescents refusent d'interagir avec des adultes en qui ils n'auraient pas confiance et qui ne respecteraient pas leur façon d'utiliser ces réseaux sociaux:

     "First, it prompted parents and schools to restrict access and increase online surveillance of teen participation. Second, it discouraged teens from interacting with any adult online, further solidifying online age segregation." (Boyd D., 2008, p. 262)

       "In all these cases, the issue is one of trust and control. Teens are willing to interact with adults with whom they have healthy relationships through social network sites when they believe these adults respect the space and the ways in which teens are engaging." (Boyd D., 2008, p. 262).

Les avantages des réseaux sociaux

A me lire, on pourrait presque croire que les réseaux sociaux n'apportent que désagréments et conflits. Que nenni! Ils peuvent au contraire être très utiles; sans compter qu'ils sont -comme on l'a déjà dit- une précieuse opportunité de "sociabilisation" pour les adolescents:

     "[...] when opportunities are made available for teens to interact with adults in a positive manner or to assert control over their environments, there is a tremendous potential for learning." (Boyd D., 2008, p. 292)

 "The most disappointing aspect of adults' efforts to assert control over networked publics is a failure to recognize the potential value of participation in these spaces and other public environments." (Boyd D., 2008, p. 291).

Heureusement, tous les adultes ne pensent pas qu'ils sont dangereux. Certains les utilisent même à bon escient. Que ce soit l'enseignant qui souhaite donner une opportunité supplémentaire à ses élèves (Vous, les utilisez-vous?), ou le pasteur qui cherche à se rapprocher des adolescents de sa communauté, à mieux les comprendre et à les conseiller au travers des média sociaux qu'ils utilisent, tous ont compris une chose primordiale: les adolescents ont besoin de se sentir respecter, où que ce soit.

      "[...] the vast majority of adult-teen interactions online are productive and healthy, opening channels of communication so that teens can enhance connections with adults they know and respect to get advice and support." (Boyd D., 2008, p. 243)

      "Teachers also find this opportunity to be quite valuable, especially when it comes to helping struggling teens, those who are too embarrassed or crunched for time to approach teachers during the day, and those who are in need of general support and validation." (Boyd D., 2008, pp. 258-259)

En guise de conclusion... Quelques règles de sécurité, quand même ;-)

Je ne sais pas si vous avez eu vent de cet article paru -il y a peu- dans le magazine Le Tigre. L'article, Marc L.*** fait le portrait d'un anonyme dont on "raconte [la] vie grâce à toutes les traces qu’il a laissées, volontairement ou non sur Internet". Ce portrait est plutôt... précis? inquiétant? percutant? drôle? En tout cas, il soulève la question du respect de la vie privée sur Internet. Pour en revenir au sujet d'aujourd'hui, je voulais donc terminer ce billet en rappelant que les risques -qu'ils soient "sur-médiatisés" ou non- liés à l'utilisation des réseaux sociaux sont bien réels. Il est donc important de rappeler quelques règles de base aux utilisateurs des réseaux sociaux. Pour ce faire, je vais reprendre (et traduire du mieux que je pourrai ;-) les règles de sécurité que Danny, un adolescent américain de 17 ans, a énoncées dans un courriel envoyé à Danah Michele Boyd (Boyd D., 2008, p. 271):

A) Only accept "Buddy Requests" from people you know personally/are bands. [...]: N'acceptez que les demandes ("d'ajout comme ami") de ceux que vous connaissez personnellement, de ceux qui font partie de votre groupe (d'amis). 

B) Don't give out personal information. (I don't have my school listed even! State and City; that's it. Don't give it when asked.) : Ne donnez jamais d'informations personnelles (et surtout pas quand un étranger vous les demande). Je n'ai même pas inscrit le nom de mon école (dans mon profil). Juste ma ville et mon état.

C) When posting a picture, ask if it shows you in a positive manner, and if it is something you would wear to go visit your grandparents/religious leader. [...]: Lorsque vous "postez" (mettez en ligne) une photo de vous, assurez-vous qu'elle vous représente de façon positive et dans une tenue que vous porteriez pour aller chez vos grands-parents ou chez votre pasteur/prêtre. (J'aime beaucoup celle-là :)

D) Keep your parents involved. If you hide things from them, they will find out, and you will get in trouble. Be open with them -most of the time, they are cool about stuff like this.: Ne cachez rien à vos parents; ils finiront par le savoir. Communiquez avec eux. La plupart du temps, ils seront d'accord avec ce que vous faites (sur les réseaux sociaux).

A bon entendeur, salut! :)

PS: Je vous promets d'essayer de garder tout cela en mémoire lorsque mes bouts de chou seront grands ;-) En tout cas, en tant que prof, cette thèse m'aide à encore mieux comprendre mes chers élèves. Une lecture que je recommande à tout le monde éducatif...


* BOYD D-M. (2008). Taken out of context. American teen sociality in networks publics. PhD dissertation. Berkeley University.

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02 février 2009

Thèse: les adolescents et les réseaux sociaux, de Danah Michele Boyd, première partie.

Depuis que je suis prof (plus de 10 ans, déjà?) j'ai toujours eu à cœur de comprendre mes élèves; surtout les ados, plus difficile à cerner. C'est sans doute pour cela que j'aime tant enseigner au secondaire. C'est un public, il me semble, beaucoup plus exigeant et d'une certaine manière beaucoup plus difficile, mais tellement fascinant et attachant.

Même si leur musique n'est pas -toujours- celle que je préfère, j'essaie de l'écouter régulièrement, d'en comprendre le sens, d'en apprendre le rythme, d'en noter les évolutions. D'ailleurs, il me semble que ces derniers temps, leurs chansons sont plus.... comment dirais-je?.... Il me semble que leurs chansons ont un message plus intéressant, plus mûr (et oui, les adultes en reviennent toujours à ça ;-) Ou bien, c'est moi qui ai changé, évolué...? Allez savoir.

En plus de leur musique, je m'intéresse à leurs habitudes technologiques (déformation professionnelle oblige ;-): en gros, ce qu'ils font (comment et pourquoi?) sur Internet. J'en viens donc au sujet d'aujourd'hui: les réseaux sociaux. Je vous en avais déjà parlé dans un autre billet; mais aujourd'hui c'est d'une thèse dont je voudrais vous parler. La thèse de Danah Michele Boyd, intitulée Taken out of context: American teen sociality in networked publics, qui traite justement des adolescents et des réseaux sociaux* comme MySpace et Facebook.

Qui n'a jamais entendu parler de l'un de ces deux sites? Je n'ai personnellement pas rencontré un seul adolescent qui ne connaisse pas Facebook. D'ailleurs, comme nous le rappelle Danah Michele Boyd (p.105), une étude de Forrester Research** a démontré que "80% des adolescents qui ont entre 12 et 17 ans et qui utilisent Internet utilisent des sites de réseaux sociaux"***.

Cette thèse, de plus de 400 pages, que vous pouvez lire gratuitement sur Internet (merci à son auteure) n'a pas l'opacité de certains travaux de recherche dont la lecture reste réservée aux seuls initiés. Au contraire, le travail de Danah Michele Boyd se lit sans aucune difficulté et peut, à mon sens, être parfaitement compris par tout le monde (enseignants, étudiants, parents, décideurs, responsables pédagogiques, etc.) y compris par ceux qui sont les personnages centraux de cette recherche: les adolescents. C'est donc le résultat d'une recherche ethnographique captivante de 2 ans et demi sur la façon dont les adolescents américains (mais on pourrait sans doute étendre ses résultats aux adolescents de n'importe quel pays dit "industrialisé") utilisent des outils comme MySpace et Facebook que nous livre la chercheuse, dans un style simple mais efficace, qui, tout en tenant compte des normes stylistiques propres à de tels travaux, sait nous tenir en haleine.

A quoi donc tient la popularité de sites comme MySpace et Facebook? Pourquoi les adolescents y passent tellement de temps? Pour socialiser bien-sûr. Ils y retrouvent en effet leurs amis de tous les jours (c'est d'ailleurs parce que leurs amis utilisent tel ou tel outil que eux aussi l'utilisent [p.108]), et ne semblent pas (contrairement à la croyance populaire) utiliser ces sites pour entrer en contact avec des inconnus (p.3). Mais pourquoi un tel engouement? Qu'est-ce que les réseaux sociaux apportent de plus, de différent d'autres média sociaux**** comme le téléphone portable par exemple, lui aussi chouchou des adolescents? Quelle est l'influence de ces sites sur la vie des adolescents (sur la construction de leur identité/d'un soi [self and identity; p.4; p.89] et les relations qu'ils entretiennent avec les autres (avec leurs pairs [peer sociality; p. 4; p.89] et avec leurs parents et les adultes en général [parents and adults; p.4; p.89])? Autant de questions qui trouvent des réponses passionnantes dans la thèse de Danah Michele Boyd; réponses que je vous détaillerai dans mon prochain billet.


* Page 94, voici la définition que la chercheuse (en collaboration avec Nicole Ellison, une autre chercheuse) donne des réseaux sociaux: "social network sites" [are] "web-based services that allow individuals to (1) construct a public or semi-public profile within a bounded system, (2) articulate a list of other users with whom they share a connection, and (3) view and traverse their list of connections and those made by others within the system" (Boyd & Ellison, 2007, Social Network Sites: Definition, History, and Scholarship. Dans Journal of Computer-Mediated Communication (Vol.13, No.1). [En ligne] http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/boyd.ellison.html (consulté le 18 janvier 2009).

** LI C. (2008). Youth and Social Networks. Dans North American Social Technographics Online Survey, Q2 2007; North American Technographics Retail and Marketing Online Youth survey, Q4 2007. Cambridge, M.A: Forrester Research.

*** Ma traduction libre.

**** Au sujet des media sociaux, Danah Michele Boyd précise (p.92): "Social media encompasses groupware, online communities, peer-to-peer and media-sharing technologies, and networked gaming [comme ce qu'on appelle les MMORPG pour Massively Multiplayer Online Role-Playing game]. Instant messaging, blogging, microblogging [comme Twitter dont je vous ai déjà parlé], forums, email, virtual worlds [comme Second Life], texting, and social network sites are all genres of social media".


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