22 mai 2009
Ce que les jeunes pensent des TICE: top 10 des impacts des technologies éducatives selon les jeunes en 2008
C'est grâce à Twitter [Bah oui; je "twitte". Pas vous?] et à Sylvain que j'ai eu connaissance de cette liste qui présente le Top 10 des impacts des technologies éducatives selon les jeunes en 2008 (K-12). Cette liste, reprise dans sa version originale (en anglais) sur le site Apprendre à distance est également commentée et traduite sur le blogue Ze cool blogue.
Je ne vais pas faire dans l'originalité en reprenant ici la liste originale. Par contre, vous trouverez également mes commentaires.
1. Digital Divide is Alive and Well
The digital divide between students and adults (including teachers and parents) continues to widen – despite all of the investments and professional development, our students are still powering down to go to school and powering up after school to re-enter the digital world. Other digital divides exist as well between segments of the student population including gender, technology skill self-assessment and age.
Vision un peu pessimiste à mon goût. Il ne faudrait quand même pas oublier qu'il y a de plus en plus d'enseignants (et même de parents) qui "se mettent" aux TIC (de nombreux enseignants tentent de les intégrer dans leurs classes). De plus, comme le souligne cette liste, tous les élèves ne sont pas égaux face au phénomène des TIC (même aux Etats-Unis *l'étude est américaine).
On a toujours tendance à croire que nos élèves en savent beaucoup plus que nous en matière de technologie. Ce n'est pas forcément vrai. Nos élèves sont peut-être calés en matière de réseaux sociaux (comme Facebook et MySpace), en conversation a/synchrone(MSN, SMS, etc.), en utilisation du téléphone portable et en jeux, mais guère plus pour la plupart. Ils parcourent le Web, mais ne savent pas vraiment comment faire des recherches. Ils ont des blogues, mais ne connaissent rien au langage HTLM [Bon, la plupart de mes collègues non plus; je vous l'accorde ;-) Et puis à quoi ça leur servirait à nos élèves de connaître le langage HTML?.... J'ai de petites idées sur ça. J'y reviendrai dans un autre billet]. Ils sont nés avec ces technologies, grandissent avec ces technologies, mais ne les utilisent et comprennent pas au-delà de leurs besoins personnels somme toute assez... primaires ;-) Alors OUI. La fracture numérique existe bel et bien entre les élèves et les profs (/parents), mais je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'étude qui souligne le fait que ce fossé est en train de s'agrandir. Bon, relativisons un peu.... Tout dépend bien entendu du pays, du public, etc.
2. Spectrum of Digital Native-ness
Don’t assume all digital natives are the same. The Speak Up data reveals that there is a spectrum of “digital native-ness” today with younger and older students exhibiting increasingly divergent tech behaviors as well as very different attitudinal views on technology within learning. Case in point – a 5th grader is almost 5X more likely to participate regularly in a virtual world than an 11th grader.
Il s'agit là d'un point très important. On a trop souvent tendance à mettre tous nos élèves dans le même panier en matière de TIC.
3. Explosion of Access to Mobile Devices
Today’s K-12 students are carrying “multiple computers in their pockets
and backpacks” everyday. Highlights from the data include: almost 40%
of K-2 students have their own cell phone, about half of students in Gr
3-5 have their own MP3 player and almost 24% of middle and high school
students are carrying around a smartphone or PDA.
Nos élèves sont nés avec les TIC (d'où l'expression "natifs numériques") et peuvent difficilement s'en passer. D'ailleurs, à en entendre certains, ils ne pourraient plus vivre s'ils n'avaient pas leur portable (on a sûrement tous une histoire à raconter au sujet de la confiscation d'un portable en classe ;-). Comment alors considérer nos élèves (et leur apprentissage) sans prendre en compte ce paramètre-là? Pourquoi s'acharner à exclure ces outils (car ce sont bien des outils, et même des outils de survie pour certains de nos élèves ;-) au lieu de tenter, comme le font de plus en plus de collègues (et même certaines écoles/commissions/académies) de les intégrer, de les mettre à profit pour leur apprentissage? Bien-sûr, il faut contrôler leur utilisation. Les élèves ne peuvent pas croire qu'ils peuvent utiliser leur portable en classe quand ils veulent parce qu'on les utilise parfois pour certaines activités. On ne peut pas continuer à exclure ces outils des écoles puisque ce sont les outils que les jeunes utilisent le plus chaque jour.
4. New Obstacles to Tech Use @ School
Technology use at school is still a major frustration/disappointment
factor for the overwhelming majority of students. #1 obstacle to
effective tech use (for the 5th year in a row) is school filters and
firewalls – of course. But the real surprise was this year’s #2
obstacle – teachers that limit our technology use. The students told
us in focus groups that they had better access to technology before
their teachers received training on technology use!
Parlez-moi de frustration! Si les élèves sont frustrés par rapport à l'accès/usage des TIC à l'école et bien, certains enseignants aussi! Combien de fois me suis-je sentie frustrée à cause de la politique de ma commission scolaire? BEAUCOUP de fois! Frustrée parce que mes élèves ne pouvaient pas avoir accès à mon blogue à l'école; frustrée parce que Youtube est interdit; frustrée parce que tout doit passer par un technicien présent une fois par semaine (et encore, seulement 2 ou 3 heures; et je ne dis pas que c'est sa faute); frustrée parce que............ Pfffffff.
Par contre, je n'aurais pas cru que les élèves pourraient se plaindre de l'accès/usage des TIC à l'école après que leurs enseignants aient reçu une formation en intégration des TIC... C'est quoi le problème de ces formations? Bon, si je commence, il va me falloir 400 pages [Hey, c'est le sujet de ma thèse je vous rappelle ;-)]. On le sait, on le crie, on le dénonce: les formations aux TIC des enseignants sont, pour la plupart, inadaptées.
[Bon, plus assez de temps pour finir aujourd'hui. Ma puce vient de se réveiller et en plus, il fait super beau dehors. Je vous laisse donc sur ça et vous reviens très vite avec le reste de la liste et de mes commentaires]
25 février 2009
Pour "être dans le coup" en matière de TIC: le Web 2.0
Je ne me souviens plus trop comment j'ai découvert le site Internet de Stephen Downes (Stephen's web), mais ce fut en tout cas une agréable découverte. Si vous ne le connaissez pas, allez y jeter un coup d'œil.
Ce soir, c'est de l'un de ses articles dont j'aimerais vous parler: Ten Web 2.0 Things You Can Do in Ten Minutes to Be a More Successful E-Learning Professional (Downes, 2008- 25 mars).
Cette liste, largement inspirée (comme il le dit lui-même) de la liste de Lisa Neal (Ten Things You Can Do in Ten Minutes To Be a More Successful e-learning Professional) présente 10 "activités" que vous pouvez faire en 10 minutes (chacune!) pour être/rester dans le coup en matière de Web 2.0*. Je vous la traduis (et commente) ci-dessous (pour ceux qui préfèrent la version originale, c'est ici):
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Écoutez une conférence, un extrait de colloque, une présentation scientifique, etc. sur Internet. [Stephen mentionne le site Educause Connect, une référence anglophone, mais il existe également une bonne référence francophone, CanalU. Vous pouvez par exemple y écouter la présentation de Thierry Karsenti sur les Nouvelles technologies, formation à distance, campus virtuels, où en est-on, comment continuer? Si l'un de vos fils RSS** vous rapporte une conférence, un extrait de colloque, etc. sauvegardez-le pour y revenir plus tard].
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Enregistrez une présentation de 10 minutes sur un thème de travail/recherche/étude et publiez cette présentation sur votre blogue [Comment ça vous n'avez pas de blogue? ;-). Stephen mentionne Odeo pour les présentations audio et Ustream pour les présentations vidéo. Moi, je vous propose encore mieux ;-): Kyte, que je viens de découvrir et que j'adore. Je vous en reparlerai dans un prochain billet, car ses possibilités sont énormes. En attendant, si vous ne connaissez pas, allez voir cette vidéo de présentation (Overview video, toute en anglais) sur leur site].
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Faites une recherche Internet sur le titre de votre dernier billet [Posté sur votre blogue!] ou sur un thème que vous avez travaillé ou auquel vous avez pensé récemment; mais attention: ne limitez pas votre recherche à Google, utilisez également Google Blog Search, Google Image Search, Amazon, Delicious, Technorati, Slideshare ou Youtube. [Et j'en rajoute quelques-uns : Dailymotion, Flickr, Kartoo, TeacherTube, Kyte, La toile du Québec, etc.] Examinez rapidement les résultats et sauvegardez ceux que vous trouverez les plus intéressants/pertinents sur Delicious> [Là, ce serait le bon moment pour aller vous y inscrire, si ce n'est pas déjà fait] pour revenir les lire plus tard.
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Publiez, sur votre blogue [Bah oui; il serait temps d'en créer un si ce n'est toujours pas fait ;-)] un court article sur un sujet que vous venez d'approfondir, d'apprendre, etc.
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Faites le ménage dans votre portfolio électronique [Bien-sûr, vous savez tous ce qu'est un portfolio électronique/numérique et en avez tous un ;-)]. Ajoutez-y vos dernières présentations multimédia (Slides, etc.), le résumé de vos derniers travaux/recherches, etc.
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Allez sur le site de Zoho[Show] et créez un diaporama [Si vous ne savez pas comment, c'est par ici -en anglais-; n'oubliez pas de vous inscrire -comme toujours- avant d'utiliser ce service].
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Allez sur l'un des blogues que vous suivez (grâce à vos fils RSS) et parcourez leur liste de liens vers d'autres blogues, etc.
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Laissez un commentaire sur le site d'un chercheur, d'un spécialiste du e-learning.
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Parcourez des sites comme Engadget, Metafilter, Digg, Mixx, Mashable ou Hotlinks[Et je pourrais en ajouter toute une liste; je me contenterai de ces deux-là: Transnets et Mario tout de go]
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Allez faire/commencer/continuer une partie de Lexulous[Stephen parle de Scrabulous, que je ne connais pas; je pense néanmoins qu'il s'agit de la même chose: un jeu de mots/lettres] avec un ou des collègue(s) sur Facebook, ou de Backgammon [ou autres] sur Yahoo. Vous pouvez aussi aller faire un tour sur le site Lolcat[Il y a vraiment de tout sur Internet :-/], regarder une vidéo sur Youtube [ou aller sur Twitter].
Bien entendu, c'est à vous de faire la part des choses. Vous aurez bien compris que cette liste requiert déjà une certaine habileté avec le Web 2.0. Même si certains points (comme le 6, le 8 et le 10 par exemple) ne sont pas forcément -toujours- pertinents, cette liste reste très intéressante pour qui souhaite "pratiquer" le Web 2.0.
Amusez-vous bien!
* Si vous ne savez pas ce qu'est le Web 2.0, allez voir cette vidéo sur TeacherTube (en anglais) ou cet excellent article en français.
** Si vous ne connaissez pas les fils RSS, allez vous renseigner ici.
25 octobre 2008
Les TICE, valeur ajoutée et métamorphose de la pédagogie, par M. Marcel LEBRUN.
Marcel Lebrun (professeur à l'institut de pédagogie universitaire et des Multimédias, université catholique de Louvain) était également invité au séminaire de l'AMUE dont je vous ai parlé dans mon précédent billet (Séminaire de l'AMUE : TICE et e-pédagogie : La nouvelle frontière de l'enseignement supérieur).
Son intervention (d'une durée de 34m, dont vous pouvez voir la vidéo ici) était, il me semble, un excellent condensé de ces recherches (que vous pouvez lire dans les ouvrages suivants):
(Toutes les images de ce billet sont les diapositives présentées lors de l'intervention de Marcel Lebrun)
Qu'est-ce donc que le e-learning, puisque tel est le thème du séminaire? S'agit-il simplement d'un enseignement avec des technologies "nouvelles"? Au début du 20ème siècle, lorsqu'on essayait d'imaginer ce que pourrait être l'enseignement en l'an 2000, voilà ce qu'on en pensait:p>
un enseignement utilisant les technologies, sans pour autant remettre en question le rôle de l'enseignant et des élèves. En effet, comme le fait remarquer Marcel Lebrun, dans cette illustration"c'est encore l'enseignant qui pilote. C'est l'enseignant qui verse les connaissances dans la tête des étudiants".Cette illustration date d'il y a longtemps et pourtant...
Le e-learning donc se définit comme suit:
e e-learning implique l'utilisation des TIC (ou TICE pour technologies de l'information et de la communication pour l'éducation). Mais de quelle utilisation parle-t-on? Et quelles sont ses implications? Est-ce qu'aujourd'hui l'intégration des TIC en éducation a permis de modifier les pratiques? D'après l'expérience de Marcel Lebrun, pas vraiment:
"Pour beaucoup d'enseignants, les choses sont simples: passer de l'enseignement traditionnel à l'enseignement en ligne est [...] très facile; [il suffit de] mettre les contenus sur l'ordinateur: [...] 80% des usages c'est déposer des documents sur la plateforme à l'intention des étudiants, ce que [...] les étudiants n'apprécient pas particulièrement".
Marcel Lebrun n'est donc pas le seul à penser que les enseignants utilisent les TIC pour reproduire les mêmes pratiques qu'en classe. Les TIC devraient pourtant permettre
un changement de paradigme:
passer du paradigme de l’enseignement centré sur l’enseignant qui transmet le savoir, au paradigme de l’apprentissage, centré sur l’apprenant qui construit son savoir. quot;L'e-learning nécessite une transformation de la pédagogie vers ce que [Marcel Lebrun] appelle des méthodes actives dites “nouvelles” et un axe technique, technologique qui s'inspire des usages que l'on fait dans la formation à distance".
Mais comment mesurer une telle transformation?
Après avoir lu des textes sur les nécessaires compétences des étudiants, après avoir analysé les théories des sciences de l'éducation et après avoir étudié les recherches qui se font sur les TIC, Marcel Lebrun en est arrivé à la conclusion qu'il lui fallait un modèle; un modèle d'apprentissage qui lui permettrait de "mesurer l'impact des technologies sur l'apprentissage [...] et sur le développement professionnel des enseignants".
Son modèle, largement constructiviste (et donc, centré sur l'apprenant), est essentiellement basé sur 5 facteurs d'apprentissage:
- la motivation
- l'information
- l'activité
- l'interaction
- la production
C'est d'ailleurs sur ces 5 facteurs que s'est construite la plateforme Claroline, développée par Marcel Lebrun et des collègues, au sein de l'Université Catholique de Louvain, et plus précisément de l'Institut de pédagogie universitaire et des multimédias (IPM).
Cette plateforme open source (elle peut être téléchargée gratuitement) d'apprentissage en ligne est la deuxième la plus utilisée dans le monde, après Moodle.
C'est à travers cette plateforme que Marcel Lebrun a étudié les usages TIC des enseignants en se posant la question suivante: "Est-ce que le type d'outil utilisé par les enseignants est un signe d'innovation pédagogique, de développement professionnel?" Il s'est rendu compte que les enseignants utilisaient la plateforme selon 3 modes:
- Le mode transmissif: par exemple, les enseignants utilisent la plateforme pour y mettre des documents, des textes, des images.
- Le mode proactif: des exercices sont proposés aux étudiants qui peuvent également déposer des travaux.
- Le mode interactif: les forums, des travaux de groupes avec des travaux critiques, etc.
Après avoir étudié les usages des enseignants entre 2004 et 2007, Marcel Lebrun en est arrivé à la conclusion suivante:"effectivement, [...] on constate [...] une évolution des modes transmissifs vers des modes beaucoup plus interactifs ou incitatifs". Pourtant, 80% environ des usages restent des usages traditionnels de mode transmissif. Peut mieux faire???
Parallèlement à son étude des usages TIC des enseignants, Marcel Lebrun s'est intéressé aux perceptions des étudiants, en se posant la question suivante: "est-ce que la perception des étudiants à propos de leur apprentissage dépend de la richesse technologique du dispositif construit par l'enseignant?" Voient-ils des différences entre leur apprentissage en ligne et l'apprentissage traditionnel?
>>>Résultats: les 7 ou 8 outils de la plateforme (sur 12) les plus utilisés sont des outils de transmission et d'interaction. Cela montre clairement que la perception qu'ont les étudiants de la qualité de leur apprentissage dépend du dispositif mis en place. Plus il est riche, et plus ils ont l'impression d'apprendre... mieux. Bien-entendu, cela ne doit pas occulter les trois truismes suivants (et si l'on ne doit retenir que trois choses de l'intervention de Marcel Lebrun, ce sont celles-là):
- Un bon enseignement avec les TIC est d'abord un bon enseignement.
- Il ne s'agit pas de faire la même chose avec des outils nouveaux.
- "L'impact des technologies provient d'une bonne pédagogie et d'une bonne cohérence entre les outils, les méthodes et les objectifs."
A bon entendeur, salut!





